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Dr Nadir Guendouz, sciences de l’environnement (CNES/LATMOS)

par | Fév 11, 2026 | Article, Climat, Environnement, Interviews / Podcasts, Retrouvez toutes nos actualités | 0 commentaires

 

Diplômé d’un master (géochimie, géobiologie, géomatériaux et environnement) à l’Institut de physique du globe de Paris et d’un master 2 en planétologie et sciences spatiales, astronomie et astrophysique à l’université Paris-Saclay. Après l’obtention des masters, Nadir intègre le LATMOS en qualité d’ingénieur atmosphère pendant plus d’un an. Par la suite il prépare une thèse de doctorat dont les axes principaux sont le rôle de l’ammoniac et de la température pendant les phénomènes de pollution, ainsi que leur évolution. Dès lors, il organise ses travaux en s’appuyant sur les données émises par l’instrument IASI (CNES-ESA).

Nadir Guendouz : « L’ammoniaque est un composé qui a des conséquences sur l’environnement et la santé publique ; c’est la raison pour laquelle il est primordial d’étudier ce composant à partir d’observations au sol et satellitaires. Le domaine d’expertise repose sur son évolution en zones rurale et urbaine, son lien avec la température. Nous sommes face à une augmentation de la température au niveau mondial et du coup il est extrêmement important de voir comment cette ammoniaque évolue en fonction de la température. »


« Notre société actuelle a tendance à mettre la plupart des gens dans des cases, des cases qui ne sont pas en lien avec la science. On leur fait comprendre que la science n’est pas faite pour eux. Par conséquent, beaucoup de personnes nourrissent un sentiment négatif sur la science. Ils perçoivent la science comme quelque chose de dévalorisant pour eux. Comme tu l’évoquais : « Cela va trop les faire réfléchir. »

« Croyez en vos rêves !

Il y a plein d’exemples de réussites dans la société.

Autant chez les hommes que chez les femmes »

Article de :

    • Mise en page web et propos recueillis par Halim BENNADJA, chef de projet à l’Association Odyssée Céleste
    • Réponses de Nadir Guendouz
    • Montage Vidéo/Podcast : Halim Bennadja, association Odyssée Céleste
    • Date de réalisation : 11 janvier 2026
    • Copyright images: Association Odyssée Céleste/CNES/ESA/NASA/Latmos
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L’interview d’exception du Dr Nadir Guendouz :

En vidéo sur Youtube:

Sur Podcast audio : 

 

 

Parcours

Je suis issue du 93.J’ai eu un parcours des plus classiques : j’ai effectué ma scolarité dans un collège et un lycée de banlieue. Par la suite, j’ai suivi le parcours STEP, Sciences de la Terre, de l’environnement et des planètes, à l’université Paris Cité. À l’issue de ce cursus, je me suis dirigé vers un master en géochimie à l’IPGP, Institut de physique du globe de Paris. J’ai poursuivi avec  un deuxième master 2, cette fois-ci en planétologie et exploration spatiale, à l‘université Paris-Saclay. Entre-temps, il y a eu le Covid-19 ; c’est à ce moment-là que je me suis questionné sur mon avenir. J’ai donc opéré un virage dans mon parcours ; à l’origine, je m’orientais davantage vers la cosmochimie, l’exobiologie, c’est-à-dire l’étude de vie extraterrestre. Puis une opportunité s’est présentée à moi : j’ai signé un CDD de 1 an en qualité d’ingénieur d’études, au LATMOS, à l’issue duquel j’ai pu rédiger une thèse que je viens de finaliser à Sorbonne Université. C’est une thèse qui a été cofinancée par le CNES.

 

Qu’est-ce que le Latmos

Copyright Latmos, lien vers le site web, laboratoire qui participe au rayonnement scientifique français

Le LATMOS est le laboratoire atmosphère et observation spatiale. Il fait partie d’un ensemble de laboratoires que l’on appelle l’institut Pierre-Simon Laplace. Cet institut regroupe divers laboratoires d’excellence, axés sur les domaines  spatial et environnemental. Bien que la liste des laboratoires scientifiques ne soit pas exhaustive, il faut retenir le LMD (laboratoire de météorologie dynamique), le LSCE, l’ISA. Quant au  LATMOS, il occupe une position éminemment importante car il gère toute une gamme d’instruments qui seront développées lors  des  missions spatiales françaises et européennes, aux États-Unis  (transport d’instruments). Le laboratoire est divisé en deux parties : d’une part, la partie système solaire qui étudie des atmosphères planétaires et d’autre part, l’exobiologie, l’étude des surfaces planétaires, de l’hélio physique, autrement dit la physique des étoiles, etc. Le LATMOS compte sur une gamme d’outils performants.

Il y a par ailleurs, un pan atmosphère qui est le pan dans lequel je travaille, avec cette fois-ci une composante associée à la dynamique atmosphérique, la météo, le climat, au travers d’une expertise autour des régions polaires car beaucoup d’études sont menées sur les régions polaires.

Sophie Adenot est arrivée à bord de l’ISS à 23h30 ce samedi 14 février, après un voyage de 34 heures à bord d’une fusée SpaceX. L’astronaute française passera huit mois en orbite, où elle participera à plus de 200 expériences scientifiques. C’est la deuxième fois dans l’histoire qu’une Française prend part à une mission spatiale, 25 ans après Claudie Haigneré. Source

Le sujet de thèse

Le titre de mon sujet de thèse a pour titre : « l’étude de l’ammoniaque et de la température à partir d’observations au sol et satellitaires. » J’ai orienté mes recherches vers un polluant atmosphérique: l’ammoniaque.

L’ammoniaque est un polluant qui provient en grande partie de l’agriculture. La France est un pays très agricole, son usage y est donc fréquent, en particulier en Bretagne. D’ailleurs, des études ont montré   la présence significative d’algues en lien avec son usage massif dans les zones agricoles de Bretagne. L’ammoniaque fait partie des composés qui vont favoriser l’émergence de ces algues vertes. Mais c’est aussi un précurseur de particules fines. Cela veut dire que lorsqu’il se mélange avec d’autres composés, comme l’oxyde nitreux qui provient du trafic routier, cela va former des particules fines. Ces particules fines vont provoquer l’apparition de maladies cardiopulmonaires mais également de l’asthme, notamment chez les enfants. L’ammoniaque, c’est un composé qui va avoir des impacts environnementaux, de santé publique et c’est la raison pour laquelle il est important de l’étudier à partir d’observations au sol et satellitaires. Afin de mieux étudier son évolution la fois en zone rurale et en zone urbaine mais aussi son lien avec la température. Face au réchauffement climatique, l’ammoniaque subit des changements : autrement dit , il réagit à l’augmentation de la température.

Infos complémentaires sur le site du Latmos

 

Deux grands projets

              1) Vue d’artiste de l’instrument IASI-NG sur le satellite METOP-SG © CNES/ill./REGY Michel, 2021   

2) vue d’artiste du milieu © CNES/ill./REGY Michel, 2021

3) Premier spectre de l’atmosphère acquis par l’instrument IASI-NG au-dessus de Toulouse le 30 septembre 2025 et contextualisé par l’imageur infrarouge de l’instrument. © CNES, 2025

Les missions dont je vais parler sont des missions orientées autour  d’instruments. J’ai travaillé principalement sur un instrument qui s’appelle mini-DOAS. C’est un spectromètre à absorption optique différentielle. Il utilise les capacités de certains composés atmosphériques qui absorbent une partie de la lumière. Il permet d’analyser, de connaître la composition, la concentration d’un composé. On travaille surtout sur l’ammoniaque ; mini-DOAS est positionné sur le toit de l’université de la Sorbonne (Paris), sur une plateforme qui s’appelle la plateforme QUALAIR.
J’ai également travaillé sur plusieurs instruments en orbite, plusieurs instruments spatiaux. À commencer par IASI, un instrument français. Il est situé sur une orbite polaire. Cela signifie qu’il est en orbite basse (à 800 km d’altitude). C’est un instrument qui va du pôle Nord au pôle Sud pendant que la Terre tourne sur elle-même. Cela permet de scanner la totalité de la Terre. Pour un instrument satellitaire donné, on va récolter une moisson de données. Avec l’instrument IASI, on a l’équivalent d’1 million de spectres de données par jour.

 

Une idée à concrètiser

Une collaboration vous tente avec l’Association Odyssée Céleste ? Conscient de l’importance du partage au sein de notre société ? N’hésitez pas à nous contacter 🚀.

 

Rencontres

Comme je le disais plus haut, je viens de la banlieue parisienne, du 93, et la première chose à laquelle j’avais été confronté plus jeune, c’était vraiment ce plafond de verre, ce plafond invisible où on nous disait : quand bien même tu étais un bon élève, ben tu resteras dans un collège, dans un lycée de banlieue. Il ne faut pas t’attendre à faire de grandes études. Voilà la vision à laquelle j’étais confronté. Même pour d’autres étudiants plus sérieux qui avaient de meilleurs résultats, on leur faisait comprendre que cela serait très difficile de pouvoir un jour travailler avec des personnes qui étaient dans de grands instituts ou de grandes écoles d’ingénieurs à l’époque.

Il y avait vraiment cette barrière.

Puis un événement a marqué mon parcours : à l’occasion d’une rencontre parents-professeurs, mon professeur de mathématiques s’était adressé à ma mère en lui  disant avec insistance  que ce serait un véritable gâchis de ne pas opter pour la recherche scientifique, voire le domaine spatial. D’ailleurs mon état d’esprit à ce moment-là est de me diriger vers la médecine sans grande conviction.

Dans mon parcours, une autre rencontre a marqué ma vie : il s’agit de Cathy Clerbaux, l’une de mes 2 tutrices dethèse, qui est une chercheuse émérite, médaille d’argent du CNRS et à qui je tiens à rendre hommage..
Cathy Clerbaux, d’origine belge, est chercheuse au CNRS  et fait partie des équipes du LATMOS. Elle travaille également en France. Je tiens à le remercier car elle m’a accompagné durant l’élaboration de ma thèse.

Il y a vraiment cet objectif de tendre vers une recherche d’excellence. Avec aussi cette volonté d’amener des personnes qui ont cette volonté de transmettre le savoir, de faire cette transmission du savoir au public.

 


Quelques scientifiques complémentaires du Dr Nadir Guendouz, dont l’excellence des travaux sont reconnue par la communauté scientifique internationale : Dr Mustapha Meftah du Latmos et Dr Sahra Kacimi du Jet Propulsion Laboratory (NASA) et Nacer Chahat, du Jet Propulsion Laboratory (NASA).

             

   

Nacer Chahat, scientifique français ayant reçut en Janvier 2025 la plus haute distinction décernée par le gouvernement des États-Unis, parmi les 300 meilleurs scientifiques des États-Unis : « Cette jeune génération qui vient des quartiers populaires et dont les jeunes pensent qu’ils n’ont pas les possibilités de devenir ingénieur ou autre, ce n’est pas totalement vrai. Mais la raison pour laquelle ils pensent cela, c’est parce que lorsqu’ils allument la télévision, les ingénieurs qu’ils entendent parler ne leur ressemblent pas, ils n’ont pas des noms similaires aux leurs. Alors qu’aux États-Unis, ils sont très méticuleux, ils font en sorte d’avoir cette représentation, cette diversité. Si vous regardez les gens qui parlent de nos missions à la NASA, il y a énormément de personnes qui viennent des minorités, que cela soit des hommes et des femmes, Latino ou du Moyen-Orient ou autre…Une autre chose qui est très importante, c’est que la diversité est cruciale pour l’innovation ! »


 

Vos trois scientifiques modèles

Copyright source Thomas Pesquet CREDIT
ESA–N. Imbert-Vier, 2014                                                                                                
Copyright source photo de Valérie Masson-Delmotte 

Je vais me restreindre à trois personnalités françaises pour que cela soit plus simple.

Je vais m’efforcer de décliner les personnalités qui m’inspirent d’un point de la temporalité.

D’abord, je voudrais parler de Marie Curie. Pour moi, c’est une chercheuse française qui a inspiré énormément de personnes. Surtout de nombreuses femmes, parce qu’elle a travaillé dans un domaine réservé majoritairement aux hommes. Elle a réussi à obtenir deux prix Nobel, dans deux domaines scientifiques différents, un en physique et un en chimie. Elle est à l’origine du terme de radioactivité. C’est quand même une personnalité qui m’a beaucoup inspiré. L’université dans laquelle j’ai eu ma thèse, là, c’était quand même anciennement l‘université Pierre et Marie Curie (Paris 6). Donc voilà, il y a quand même tout un symbole.

Le deuxième nom qui me vient à l’esprit et qui résonne quand on évoque le domaine spatial, c’est Thomas Pesquet. Pour plusieurs raisons il force le respect : c’est une personne douée d’une grande intelligence, qui a fait des choses formidables ; il est allé dans l’espace, il a été commandant de l’ISS. Quand on le voit en interview, c’est quelqu’un qui paraît quand même très humble, très humain, qui va avoir une facilité à discuter de sujets variés, parfois même très complexes et à les simplifier. C’est pour moi un modèle d’excellence, mais aussi un modèle d’accessibilité, justement dans ce que moi j’attends de la recherche scientifique.

Halim :

On rappelle que Thomas Pesquet et, d’une manière générale, les astronautes à l’international sont des médiateurs entre tous les laboratoires scientifiques au sol et le grand public parce qu’ils doivent synthétiser, connaître la pluralité des domaines scientifiques, extrêmement vastes et doivent les mettre en application, dans le champ expérimental, à l’intérieur de l’ISS. En effet, il s’agit bien d’une personne incontournable. Mais au-delà de la personne, des personnes héroïques, il faut le dire : comme Sophie Adenot ou Thomas Pesquet ou d’autres astronautes, c’est qu’il y a des milliers de personnes qui permettent l’apparition, le développement des connaissances et le partage de ces connaissances. Derrière Thomas Pesquet et Sophie Adenot, il y a énormément de femmes, énormément d’hommes qui travaillent jour et nuit.

Nadir :

La 3ème personnalité est Valérie Masson-Delmotte,Directrice de recherche au CEA ( Centre à l’énergie atomique), coprésidente du GIEC et reçue à l’académie des sciences en juin 2025.

L'info.

Généreusement depuis de nombreuses années, l’association Odyssée Céleste se consacre à interviewer des personnalités du monde scientifique et de l’industrie (professeurs-chercheurs émérites, inventeurs hors pair) afin de favoriser leur visibilité auprès du public français.

Pourquoi ? Pour mettre en exergue les différentes possibilités de participer aux grands projets scientifiques et industriels auxquels la France et les français contribuent. Favoriser l’instauration de bons repères, de bonnes connexions auxquelles des jeunes pourront s’identifier et transmettre les bonnes informations afin de se projeter socialement et professionnellement en bonne intelligence. Chaque personne interviewée  représente l’écho d’un centre de recherche, d’une institution gouvernementale, d’une école d’ingénieur, et de vécus personnels.

« Le genre humain a toujours été en progrès et continuera toujours de l’être à l’avenir : ce qui ouvre une perspective à perte de vue dans le temps. » Emmanuel Kant, philosophe (1724-1804).

Les associations scientifiques et techniques

Le planétarium, Association Odyssée céleste
Comment considères-tu cette dynamique d’associations scientifiques, sachant qu’on a différentes strates d’associations scientifiques et techniques sur le territoire ?
On en a dans : I) les universités, II) dans les écoles d’ingénieurs et III) dans la société en général. Et majoritairement quand elles sont dans les écoles d’ingénieurs, dans les universités, elles ont quelques projets de valorisation. Elles vont essayer de trouver un partenariat financier avec des entreprises, pour faire valoir un projet. Mais on a également au sein de la société, différentes structures associatives qui ne sont pas dans la même réalité économique.

Oui, elles le sont pour moi, c’est évident, surtout elles sont importantes ! Il est important de les développer en dehors des cadres purement universitaires et d’écoles d’ingénieurs parce que le but, c’est que cela touche toute la société. Même si les animations  sont proposées par les universités, par les écoles, etc., pour ouvrir cette science au public, cela reste pour moi très limité et elles sont réservées à certaines parties de la société (et pas à tout le monde). Ce qui est important et intéressant, c’est ce que tu as dit. On en parle ici dans le cadre purement franco-français parce que dans d’autres pays, il y a des associations qui sont mises en place et les systèmes de financement sont très différents de ce qu’on peut observer, par exemple, en France.

Article de :

    • Mise en page web et propos recueillis par Halim BENNADJA, chef de projet à l’Association Odyssée Céleste
    • Réponses de Nadir Guendouz
    • Montage Vidéo/Podcast : Halim Bennadja, association Odyssée Céleste
    • Date de réalisation : 11 janvier 2026
    • Copyright images: Association Odyssée Céleste/CNES/ESA/NASA/Latmos
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