Article de :
- Mise en page web et propos recueillis par Halim BENNADJA, chef de projet à l’Association Odyssée Céleste
- Réponses de Nadir Guendouz
- Montage Vidéo/Podcast : Halim Bennadja, Copyright texte association Odyssée Céleste
- Date de réalisation : 11 janvier 2026
- Copyright images: Association Odyssée Céleste/CNES/ESA/NASA/Latmos
L’interview d’exception du Dr Nadir Guendouz :
Sur Youtube :
En podcast audio :
Parcours
Je viens de banlieue parisienne, plus précisément du 93. J’ai été dans un collège et un lycée de banlieue, tout ce qu’il y a de plus classique. Après ça, j’ai suivi le parcours STEP, Sciences de la Terre, de l’environnement et des planètes, à l’université Paris Cité. À l’issue duquel j’ai fait un master en géochimie à l’IPGP, Institut de physique du globe de Paris. Ensuite, j’ai fait un deuxième master 2, cette fois-ci en planétologie et exploration spatiale, à l‘université Paris-Saclay. Entre-temps, il y a eu le Covid-19, durant lequel je me suis posé plein de questions et je me suis un peu réorienté car initialement, je m’orientais vraiment plus vers la cosmochimie, l’exobiologie, c’est-à-dire l’étude de vie extraterrestre. Puis j’ai fait un CDD de 1 an en tant qu’ingénieur d’études, au LATMOS. À l’issue duquel j’ai pu faire une thèse que je viens de finaliser au LATMOS, à Sorbonne Université. C’est une thèse qui est cofinancée par le CNES.
Qu’est-ce que le Latmos
Le LATMOS est le laboratoire atmosphère et observation spatiale. Il fait partie d’un ensemble de laboratoires que l’on appelle l’institut Pierre-Simon Laplace. Cet institut regroupe plein de laboratoires d’excellence autour du spatial et de l’environnement. Il y a plein de laboratoires connus de la communauté scientifique. Il y a le LMD (laboratoire de météorologie dynamique), il y a le LSCE, il y a l’ISA… de nombreux laboratoires. Le LATMOS occupe une position importante parce qu’il gère toute la partie instrumentale. Il y a énormément d’instruments qui y sont développés pour des missions spatiales françaises et européennes, aux États-Unis, qui embarquent des instruments du LATMOS. Ce dernier est également séparé en deux parties. Nous avons la partie système solaire concernant l’étude des atmosphères planétaires, de l’exobiologie, l’étude des surfaces planétaires, de l’héliophysique, c’est-à-dire de la physique des étoiles, etc. Il y a vraiment toute cette composante avec plein d’instruments au LATMOS qui sont embarqués sur des missions de la NASA, de la JAXA et aussi évidemment de l’ESA. Mais nous avons également une partie atmosphère qui est la partie dans laquelle je travaille, avec cette fois-ci une composante associée à la dynamique atmosphérique, la météo, le climat, l’atmosphère, avec une expertise autour des régions polaires parce qu’il y a beaucoup d’études justement sur les régions polaires.
Le sujet de thèse
Le titre de mon sujet de thèse est « l’étude de l’ammoniaque et de la température à partir d’observations au sol et satellitaires. » Globalement, je me suis focalisé sur un polluant atmosphérique. L’ammoniaque est un polluant qui provient en grande partie de l’agriculture. En France, on est un pays très agricole, on émet donc beaucoup d’ammoniaque, notamment en Bretagne. On a notamment des problèmes dus aux algues vertes en Bretagne. L’ammoniaque fait partie des composés qui vont favoriser l’émergence de ces algues vertes. L’ammoniaque, c’est un polluant qui a des conséquences au niveau environnemental. Mais c’est aussi un précurseur de particules fines. Cela veut dire que lorsqu’il se mélange avec d’autres composés, comme l’oxyde nitreux qui provient du trafic routier, cela va former des particules fines. Ces particules fines vont provoquer l’apparition de maladies cardiopulmonaires mais également de l’asthme, notamment chez les enfants. L’ammoniaque, c’est un composé qui va avoir des impacts environnementaux, de santé publique et c’est la raison pour laquelle il est important de l’étudier à partir d’observations au sol et surtout satellitaires. Afin de mieux étudier comment évolue cet ammoniaque à la fois en zone rurale et en zone urbaine et son lien avec la température. Car vous le savez, nous sommes face à une augmentation de la température au niveau mondial et du coup il est extrêmement important de voir comment cette ammoniaque évolue en fonction de la température.
Infos complémentaires sur le site du Latmos
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Deux grands projets
Les missions dont je vais parler vont être des missions autour d’instruments. J’ai travaillé principalement sur un instrument qui s’appelle mini-DOAS. C’est un spectromètre à absorption optique différentielle. Il utilise les capacités de certains composés atmosphériques qui absorbent une partie de la lumière. Il permet d’analyser, de connaître la composition, la concentration d’un composé. Donc l’ammoniaque ici avec mini-DOAS. On travaille surtout sur l’ammoniaque et mini-DOAS est positionné sur le toit de l’université de la Sorbonne (Paris), sur une plateforme qui s’appelle la plateforme QUALAIR.
J’ai également travaillé sur plusieurs instruments en orbite, plusieurs instruments spatiaux. À commencer par IASI, un instrument français. Il est situé sur une orbite polaire. Cela signifie qu’il est en orbite basse, c’est-à-dire à 800 km d’altitude. C’est un instrument qui va du pôle Nord au pôle Sud pendant que la Terre tourne sur elle-même. Cela permet de scanner l’entièreté de la Terre. Pour un instrument satellitaire donné, on va avoir énormément de données. Avec l’instrument IASI, on a l’équivalent d’1 million de spectres de données par jour.
Rencontres
Comme je le disais plus tôt, je viens de la banlieue parisienne, du 93, et la première chose à laquelle j’avais été confronté plus jeune, c’était vraiment ce plafond de verre, ce plafond invisible où on nous disait : voilà, même si j’étais un bon élève, ben tu restes quand même dans un collège, dans un lycée de banlieue. Il ne faut pas t’attendre à faire de grandes études. Il y avait cet aspect où j’avais certains professeurs qui me disaient que cela serait difficile pour moi. Même d’autres étudiants plus sérieux qui avaient de meilleurs résultats que moi, que cela sera très difficile de pouvoir un jour travailler avec des personnes qui étaient dans de grands instituts ou de grandes écoles d’ingénieurs à l’époque. Il y avait vraiment cette barrière. Mais en fait, j’avais fait la rencontre d’un professeur de mathématiques au lycée. J’avais eu une rencontre parents-professeurs et, à ce moment-là, j’étais un petit peu en train de me détourner d’une carrière de recherche et d’ingénieur pour peut-être m’orienter sur de la médecine ou autre chose parce que je ne savais pas trop quoi faire de ma vie. Et je me rappelle qu’il avait dit à ma mère que cela serait un gâchis que je ne fasse pas de la recherche scientifique, que je ne m’oriente pas vers la recherche scientifique, plus spatiale.
Ensuite une autre rencontre plus tardive, cela serait difficile pour moi de ne pas citer mes deux tutrices de thèse. Il s’agit de Cathy Clerbaux, qui est une chercheuse émérite, médaille d’argent du CNRS.
Inchangé : Ensuite une autre rencontre plus tardive, cela serait difficile pour moi de ne pas citer mes deux tutrices de thèse. Il s’agit de Cathy Clerbaux, qui est une chercheuse émérite, médaille d’argent du CNRS. Elle est au LATMOS, chercheuse au CNRS, c’est une chercheuse belge et qui travaille également en France et qui m’a donné l’opportunité de pouvoir faire ma thèse. Il y a vraiment cet objectif de tendre vers une recherche d’excellence. Avec aussi cette volonté d’amener des personnes qui ont cette volonté de transmettre le savoir, de faire cette transmission du savoir au public.
Quelques scientifiques complémentaires du Dr Nadir Guendouz, dont l’excellence des travaux est reconnue par la communauté scientifique internationale : Dr Mustapha Meftah du Latmos et Dr Sahra Kacimi du Jet Propulsion Laboratory (NASA) :
3 scientifiques modèles
Je vais me restreindre à trois personnalités françaises pour que cela soit plus simple.
D’abord, je voudrais parler quand même de Marie Curie. Pour moi, c’est une chercheuse française qui a inspiré énormément de personnes. Surtout de nombreuses femmes, parce que c’est une femme qui a travaillé dans un domaine réservé majoritairement aux hommes. Elle a réussi à obtenir deux prix Nobel, dans deux domaines scientifiques différents, un en physique et un en chimie. Elle est à l’origine du terme de radioactivité. C’est quand même une personnalité qui m’a beaucoup inspiré. L’université dans laquelle j’ai eu ma thèse, là, c’était quand même anciennement l‘université Pierre et Marie Curie (Paris 6). Donc voilà, il y a quand même tout un symbole.
La deuxième personnalité, qui est aussi un rôle modèle, cette fois-ci beaucoup plus actuel, que l’on connaît beaucoup quand on parle spatial français. Il y a un nom qui revient toujours, c’est Thomas Pesquet. Évidemment, voilà le grand monsieur du spatial français. Et c’est vrai que c’est d’une manière ou d’une autre quelqu’un qui m’inspire, c’est quelqu’un qui est très intelligent, qui a fait des choses formidables, qui a pu aller dans l’espace, qui a même été commandant de l’ISS. Quand on le voit en interview, c’est quelqu’un qui parait quand même très humble, très humain, qui va avoir une facilité déconcertante à discuter de plein de sujets parfois très complexes et à les simplifier. Donc franchement, c’est pour moi un modèle d’excellence, mais aussi un modèle d’accessibilité, justement dans ce que moi j’attends justement de la recherche scientifique.
Halim :
On rappelle que Thomas Pesquet et, d’une manière très générale, les astronautes à l’international sont des médiateurs entre tous les laboratoires scientifiques au sol et le grand public parce qu’ils doivent synthétiser, connaître la pluralité des domaines scientifiques extrêmement vastes et doivent les mettre en application, dans le champ expérimental à l’intérieur de l’ISS. Donc c’est une personne incontournable. Mais au-delà de la personne, des personnes héroïques, il faut le dire : comme Sophie Adenot ou Thomas Pesquet ou d’autres astronautes, c’est qu’il y a des milliers de personnes qui permettent l’apparition, le développement des connaissances et le partage de ces connaissances. Derrière Thomas Pesquet et Sophie Adenot, on a énormément de femmes, énormément d’hommes qui travaillent jour et nuit.
Nadir :
La 3ème personnalité est Valérie Masson-Delmotte,Directrice de recherche au CEA ( Centre à l’énergie atomique), coprésidente du GIEC et reçue à l’académie des sciences.en juin 2025.
Les associations scientifiques et techniques
Sachant que les associations scientifiques et techniques sont peu nombreuses au sein de notre société et surtout qu’elles sont pour une partie non financées, non subventionnées, non accompagnées véritablement, et on le voit pleinement quand on est notamment dans les quartiers populaires ou autres, quand on le partage, on est troublé sur la dynamique socioculturelle de valorisation. On est vraiment troublés. Mais ce qui est important, ce que je veux dire par là, parce que tout est lié, toutes les questions sont liées, lorsqu’on est dans une dynamique de partage de connaissances scientifiques, on est dans une dynamique de partage de conscience de notre époque. On ne parle pas de culture scientifique et technique dans une dynamique « d’emmagasiner, de lire beaucoup de livres, pour s’affirmer devant le monde et dire qu’on connaît plein de choses. Non, pas du tout. On est sur un partage d’une conscience de notre société : elle est présente malgré les crises, et par moment, elle fait des choses excellentes! Car c’est trop facile de parler d’aspects négatifs de toute la société. Et je dis souvent : le réel est comparable à un polygone à 1000 côtés. Si on se contente d’observer qu’un seul côté qui est sombre, on peut être désorienté, perdre tous nos repères. La question est donc : « Comment considères-tu cette dynamique d’associations scientifiques, sachant qu’on a différentes strates d’associations scientifiques et techniques sur le territoire ?
On en a dans : I) les universités, II) dans les écoles d’ingénieurs et III) dans la société en général. Et majoritairement quand elles sont dans les écoles d’ingénieurs, dans les universités, ils ont quelques projets de valorisation. Ils vont essayer de trouver un partenariat financier avec des entreprises, pour faire valoir un projet. Mais on a également au sein de la société, différentes structures associatives qui ne sont pas dans la même réalité économique.
Oui, elles le sont pour moi, c’est évident, surtout elles sont importantes ! Il est important de les développer en dehors des cadres purement universitaires et d’écoles d’ingénieurs parce que le but, c’est que cela touche toute la société. Même les animations proposées par les universités, par les écoles, etc., pour ouvrir cette science au public, cela reste pour moi très limité et ça va être réservé à certaines parties de la société et pas à tout le monde. Ce qui est important et intéressant, c’est ce que tu as dit. On en parle ici dans le cadre purement franco-français parce que dans d’autres pays, il y a des associations qui sont mises en place et les systèmes de financement sont très différents de ce qu’on peut observer, par exemple, en France.
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- Mise en page web et propos recueillis par Halim BENNADJA, chef de projet à l’Association Odyssée Céleste
- Réponses de Nadir Guendouz
- Montage Vidéo/Podcast : Halim Bennadja, Copyright texte association Odyssée Céleste
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