« Croyez en vos rêves !
Il y a plein d’exemples de réussites dans la société.
Autant chez les hommes que chez les femmes »
« Dans le contexte scientifique et technologique international, les pays font face à une concurrence croissante.
L’Asie et en particulier la Chine et l’Inde, forment un nombre très important d’ingénieurs chaque année, bien supérieur à celui de l’Europe.
Cependant, la compétitivité scientifique ne dépend pas uniquement du nombre d’ingénieurs formés. La qualité de la formation, la capacité d’innovation,
les investissements dans la recherche et les collaborations internationales jouent également un rôle important,
la France doit donc continuer à valoriser son excellence académique tout en adaptant son système aux évolutions économiques et industrielles mondiales. »
Article de :
Mise en page web et propos recueillis par Halim BENNADJA, chef de projet à l’Association Odyssée Céleste
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- Réponses de Amine Bouzerzour
- Montage Vidéo/Podcast : Halim Bennadja, association Odyssée Céleste
- Date de réalisation : 5 mars 2026
- Copyright texte et images: Association Odyssée Céleste/ Amine Bouzerzour /NASA
L’interview d’exception de Amine Bouzerzour, ingénieur aérospatial, visiting science JPL(NASA):
En vidéo sur Youtube:
Sur Podcast audio :
Parcours
Mon parcours a commencé au lycée Ibn Nass à Alger, où j’ai suivi la spécialité mathématiques et physique, ce qui m’a orienté vers les sciences fondamentales et l’ingénierie.
J’ai ensuite poursuivi mes études en physique à CY Tech – Université de Cergy-Pontoise, où j’ai acquis une solide base en mathématiques, mécanique et physique théorique.
Par la suite, j’ai intégré ISAE-Supaero à Toulouse, l’une des principales écoles d’ingénieurs en aéronautique et aérospatial, en dernières année je me suis spécialisé dans le transport spatial, l’observation de la Terre et les sciences de l’univers.
En parallèle, j’ai poursuivi un double diplôme à l’Université Technique de Munich TUM, afin de renforcer ma formation scientifique sur les aspects fondamentaux de la conception des aéronefs et des hélicoptères et des processus de combustion.
Durant ma dernière année à l’ISAE-Supaero, j’ai poursuivi un master en astrophysique et planétologie à l’Université Paul Sabatier, afin de renforcer ma formation scientifique sur les aspects fondamentaux de l’astrophysique et de la formation des planètes.
Spécialisations
Mes domaines de spécialité se situent à l’interface entre l’ingénierie spatiale et l’astrophysique, deux disciplines qui se complètent naturellement dans l’étude et l’exploration de l’Univers.
Mes travaux portent notamment sur la formation des planètes et la planétologie, en particulier sur les mécanismes physiques qui gouvernent la naissance et l’évolution des systèmes planétaires. Cela inclut l’étude de la dynamique des disques protoplanétaires, ces vastes structures de gaz et de poussières autour des jeunes étoiles à partir desquelles les planètes se forment.
Parallèlement, ma formation d’ingénieur m’a également conduit à travailler sur les systèmes de transport spatiaux et l’observation de la Terre, notamment à travers l’utilisation et l’analyse de données issues de satellites.
Dans mes recherches, j’utilise principalement des modèles théoriques et des simulations numériques, ainsi que l’analyse de données astrophysiques, afin de mieux comprendre les processus physiques qui façonnent les systèmes planétaires.
Stages
Au cours de mon parcours, j’ai eu l’opportunité de réaliser plusieurs stages qui m’ont permis d’explorer différents aspects du secteur spatial et de la recherche scientifique.
L’une de mes expériences les plus marquantes s’est déroulée au Jet Propulsion Laboratory, centre de recherche de la NASA en Californie. Dans le cadre de mon stage de recherche de master, j’y ai travaillé sur la formation des géantes de glace, Uranus et Neptune. Mon travail consistait à développer des modèles théoriques et numériques afin de mieux comprendre les mécanismes d’accrétion dans les disques protoplanétaires. J’ai notamment analysé des données isotopiques du système solaire et développé des outils de simulation pour étudier le rôle des planétésimaux dans la formation des planètes géantes de glace.
Auparavant, j’ai effectué un stage à l’Institut de Recherche en Astrophysique et Planétologie (IRAP) à Toulouse. J’y ai travaillé sur l’analyse statistique de données issues de grands relevés cosmologiques dans le cadre de la mission Euclid de l’Agence spatiale européenne. L’objectif était d’améliorer la détection des galaxies et des amas de galaxies en étudiant certains biais observationnels, notamment ceux liés au masquage des étoiles dans les catalogues astronomiques.
Plus tôt dans mon parcours, j’ai également réalisé un stage à l’Établissement National de la Navigation Aérienne (ENNA) à Alger. Cette expérience m’a permis de découvrir le fonctionnement opérationnel du secteur aéronautique, notamment les systèmes de gestion du trafic aérien et de navigation aérienne. Ce stage m’a offert une première immersion dans l’environnement aéronautique et a renforcé mon intérêt pour les systèmes complexes liés au transport aérien et spatial.
La dynamique de la recherche au sein du JPL (NASA)
Ce qui m’a vraiment marqué au Jet Propulsion Laboratory, c’est l’environnement scientifique extrêmement dynamique et collaboratif. C’est un lieu où l’on trouve à la fois des scientifiques et des ingénieurs qui travaillent ensemble au quotidien sur des problématiques communes, souvent liées aux grandes missions d’exploration spatiale de la NASA.
Dans la pratique, la recherche se fait beaucoup à travers des échanges constants : il y a régulièrement des séminaires, des discussions scientifiques informelles et des collaborations entre différentes équipes. On peut très facilement discuter avec des spécialistes de domaines très différents planétologie, astrophysique, instrumentation ou dynamique orbitale ce qui crée un environnement intellectuellement très stimulant.
Ce qui est également très intéressant, c’est le lien direct entre la recherche fondamentale et les missions spatiales. Les questions scientifiques ne restent pas seulement théoriques : elles sont souvent directement connectées à des instruments ou à des missions en préparation ou déjà en opération.
Enfin, le JPL est un environnement très international. Les chercheurs viennent d’universités et d’institutions du monde entier, ce qui apporte une grande diversité d’approches et de perspectives scientifiques. Pour un jeune chercheur, c’est un cadre particulièrement enrichissant, où l’on apprend énormément simplement en échangeant avec les autres équipes.
Une culture professionnelle différente
La culture professionnelle aux États-Unis, est-elle différente de celle de l’Europe et de la France en particulier ?
La culture professionnelle aux États-Unis, notamment au Jet Propulsion Laboratory, présente certaines différences par rapport à celle de l’Europe et de la France. Elle est souvent caractérisée par une organisation plus flexible, une forte valorisation de l’initiative individuelle et une prise de décision rapide. Les équipes travaillent fréquemment de manière interdisciplinaire et les projets sont orientés vers des objectifs concrets, avec une culture de l’innovation et de la résolution rapide des problèmes.
Hommes scientifiques leaders et inspirants
Les 3 modèles scientifiques qui m’ont le plus marqué et inspiré durant ma vie et mon parcours sont sans aucun doute :
Marie Curie : Première femme à avoir remporté le prix Nobel et seule scientifique ayant décroché cette distinction dans 2 domaines différents, elle contribua grandement à notre compréhension de la radioactivité.
Charles Elachi : Ingénieur, ancien directeur de la JPL, né au Liban, naturalisé américain, il fut géologue, ingénieur en électronique, physicien et fut l’instigateur de plusieurs projets phares de la NASA. Il représente ce que peut être le rêve américain dans le domaine scientifique.
Sergey Korolev : Pour son génie, son organisation, il a réussi à porter presque à lui tout seul le programme spatial soviétique quelques années après la Deuxième Guerre mondiale et avec des ressources limitées.
Extrait de l’interview avec Charles Elachi :
Conseils à la nouvelle génération de leaders du JPL
Certains de vos employés ont mentionné votre leadership visionnaire qui a énormément aidé le JPL à réaliser certaines missions les plus passionnantes et innovantes. Quels conseils pourriez-vous donner à la nouvelle génération de leaders pour avoir autant d’impact que vous ?
Je vais dire la même chose que je dis à mes étudiants ici à Caltech. Il y a trois choses qui sont très importantes :
I) La première chose : tout est possible ! Si, vraiment, vous voulez faire quelque chose et si vous y travaillez, tout est possible !
II) La deuxième chose, il faut avoir de la passion pour ce que vous faites. Parce que lorsque vous allez passer la plupart de votre vie à travailler dans n’importe quel domaine, par exemple dans la musique, dans le domaine artistique ou bien en tant que scientifique, en tant qu’ingénieur, dans n’importe quelle discipline, il faut avoir de la passion! Si vous n’avez pas de passion, vous devez changer et faire quelque chose d’autre !
III) La troisième chose, c’est qu’il ne faut pas hésiter à prendre des risques. Parce que si vous allez faire de nouvelles découvertes, si vous allez faire quelque chose de nouveau, la plupart du temps, on n’est pas sûrs que cela va fonctionner. Par exemple, dans nos missions planétaires, on prend des risques tout le temps, mais on réfléchit longuement sur ces risques car on n’est pas 100 % sûrs que les choses vont marcher.
Ce sont mes trois recommandations aux jeunes étudiants ici à Caltech : que tout est possible, qu’il faut avoir de la patience dans ce que vous faites et qu’il faut prendre un peu de risques dans votre travail. Si les choses ne marchent pas, ce n’est pas grave, vous apprenez, cela vous donne une expérience. Au JPL, on a fait quelques missions sur Mars qui se sont soldées par un échec, mais on a appris de ces missions et cela nous a permis de comprendre et de faire quelque chose de meilleur.
Nous vous recommandons l’écoute de quelques ingénieurs, de la nouvelle génération profondément active sur les projets aérospatiaux
Quelques scientifiques permanents hors pair du Jet Propulsion Laboratory (JPL) et du Goddard Space Flight Center, cinq français dont trois ont travaillé sur le rover Perseverance et ingenuity : Nacer Chahat, Jeff Delaune et Gregory Dubos:
Une idée à concrètiser
La démarche scientifique
Dans le cadre de la résolution de problèmes scientifiques 👨🔬, la démarche expérimentale utilisée aux États-Unis est-elle différente de celle développée/utilisée en France ? Car ici, on a tendance à concevoir l’esprit de la démarche scientifique dans la dynamique de Gaston Bachelard* – Philosophe des sciences français (1884-1962) – théoricien de la connaissance scientifique.

Nota bene : « La démarche scientifique est la méthode utilisée par les scientifiques pour parvenir à comprendre et à expliquer le monde qui nous entoure. De façon simplificatrice, elle se déroule en plusieurs étapes : à partir de l’observation d’un phénomène et de la formulation d’une problématique, différentes hypothèses vont être émises, testées puis infirmées ou confirmées ; à partir de cette confirmation se construit un modèle ou théorie. L’observation et l’expérimentation sont des moyens pour tester les différentes hypothèses émises. » Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA)
La démarche expérimentale utilisée aux États-Unis, par exemple au Jet Propulsion Laboratory, n’est pas fondamentalement différente de celle utilisée en France. Dans les deux cas, elle repose sur les principes universels de la science : observation, formulation d’hypothèses, expérimentation, analyse des résultats et validation ou remise en question des théories. Ces étapes constituent une méthode scientifique partagée par la communauté scientifique internationale.
Cependant, certaines différences peuvent apparaître dans la manière d’appliquer cette démarche. Aux États-Unis, les institutions comme le JPL mettent souvent l’accent sur une approche très collaborative, interdisciplinaire et orientée vers l’ingénierie et les applications concrètes, notamment dans les projets spatiaux. En France, la réflexion scientifique est parfois davantage associée à une tradition philosophique, influencée par des penseurs comme Gaston Bachelard, qui insiste sur l’évolution de la connaissance scientifique.
La préservation de l’excellence française
Pour avoir conscience des différents enjeux à l’international ; au-delà des contextes d’investissements financiers importants et nécessaires, pour le développement des connaissances scientifiques d’un pays. En considération des continents comme l’Asie et les États-Unis (au regard du nombre d’ingénieurs formés chaque année, + 70 000 à 80 000 par an en Europe, dont + 30 000(environ 46 000) en France et plus de 1,2 à 1,5 million en Chine…).
Dans le contexte scientifique et technologique international, les pays font face à une concurrence croissante. L’Asie et en particulier la Chine et l’Inde, forment un nombre très important d’ingénieurs chaque année, bien supérieur à celui de l’Europe.
Cependant, la compétitivité scientifique ne dépend pas uniquement du nombre d’ingénieurs formés. La qualité de la formation, la capacité d’innovation, les investissements dans la recherche et les collaborations internationales jouent également un rôle important, la France doit donc continuer à valoriser son excellence académique tout en adaptant son système aux évolutions économiques et industrielles mondiales.
Néanmoins, la diminution du nombre d’ingénieurs et de certaines compétences industrielles peut être liée, au phénomène de désindustrialisation observé dans plusieurs pays européens. La réduction ou la délocalisation de certaines activités industrielles a entraîné une baisse des besoins dans certains domaines techniques et une transformation du marché du travail.
Dans ce contexte, le défi consiste à maintenir un tissu industriel solide, soutenir l’innovation technologique et renforcer les formations scientifiques. Cela permettrait de préserver le savoir-faire historique de la France dans l’aérospatial tout en continuant à participer activement aux grands projets scientifiques et technologiques internationaux.
Une autre possibilité serait que l’Europe et la France se spécialisent davantage dans des domaines à forte valeur ajoutée, tels que l’aéronautique, l’accès à l’espace ou encore l’intelligence artificielle, en acceptant progressivement de perdre certaines compétences dans des secteurs à plus faible rendement financier. On peut constater que cette orientation semble déjà être suivie par l’Europe. Toutefois, seul l’avenir permettra de déterminer si ce choix stratégique était le plus pertinent.
À retenir
Article de :
Mise en page web et propos recueillis par Halim BENNADJA, chef de projet à l’Association Odyssée Céleste
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- Réponses de Amine Bouzerzour
- Montage Vidéo/Podcast : Halim Bennadja, association Odyssée Céleste
- Date de réalisation : 5 mars 2026
- Copyright texte et images: Association Odyssée Céleste/ Amine Bouzerzour /NASA



