« Croyez en vos rêves !
Il y a plein d’exemples de réussites dans la société.
Autant chez les hommes que chez les femmes »
« J’ai aussi observé une différence dans la structuration des parcours. En France, la formation scientifique en école d’ingénieur reste très généraliste pendant plusieurs années, avec une
spécialisation relativement tardive. A l’inverse, aux États-Unis, les étudiants se spécialisent souvent plus tôt. En arrivant au MIT en juin 2025, j’ai par exemple commencé a travailler avec une étudiante en undergraduate (équivalent bac+4) qui se consacrait déjà a l’astrophysique depuis deux ans. »
Article de :
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- Mise en page web et propos recueillis par Halim BENNADJA, chef de projet à l’Association Odyssée Céleste
- Réponses de Tristan Cavalier
- Montage Vidéo/Podcast : Halim Bennadja, association Odyssée Céleste
- Date de réalisation : 29 Février 2026
- Copyright texte et images: Association Odyssée Céleste/ Tristan Cavalier /NASA
L’interview d’exception de Tristan Cavalier, visiting science MIT :
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Parcours
Mon parcours a débuté à l’international. J’ai grandi au Mexique, où j’ai effectué mon collège et mon lycée au Lycée Français de Mexico. Cette expérience d’expatriation m’a très tôt ouvert à différentes cultures et m’a donné une vision globale du monde, un atout précieux dans un secteur aussi international que le spatial.
Après le baccalauréat, j’ai choisi la voie des classes préparatoires scientifiques (CPGE), au lycée Henri Poincaré à Nancy.
J’ai ensuite rejoint l’ISAE-SUPAERO a Toulouse, une école d’ingenieur de référence dans les domaines de l’aéronautique et du spatial. Actuellement entre ma deuxième et ma troisième année du cycle ingénieur, j’ai fait le choix de réaliser une année de césure. Cette décision me permet d’explorer concrètement les métiers du spatial à travers des expériences professionnelles et de mieux comprendre les enjeux techniques, scientifiques et humains du secteur.
Stage
Durant la première partie de mon année de césure, j’ai eu la chance de rejoindre le Massachusetts Institute of Technology (MIT), à Cambridge (États-Unis), en tant que Visiting Student au sein du département d’Earth, Atmospheric and Planetary Sciences (EAPS).
Ce statut, courant dans les universités américaines, permet à des étudiants internationaux de s’intégrer pendant plusieurs mois dans une équipe de recherche, aux côtés d’un professeur et de ses doctorants et post-doctorants, pour travailler sur des projets scientifiques de pointe.J’ai intégré l’équipe Disruptive Planets, dirigée par le Professeur Julien de Wit. Cette équipe travaille notamment sur la détection et la caractérisation d’exoplanètes, des planètes situées en dehors de notre système solaire ainsi que, plus récemment, sur la détection d’astéroïdes.
Arrivé en juin 2025 pour un séjour d’environ neuf mois, j’ai débuté un projet ambitieux centré sur les naines blanches. Ces étoiles sont les vestiges d’étoiles semblables au Soleil en fin de vie : elles ont une masse comparable à celle du Soleil, mais un rayon similaire à celui de la Terre. Leur densité extrême en fait des laboratoires astrophysiques fascinants.
Mon travail a consisté à détecter et analyser des systèmes binaires composés d’une naine blanche et d’une petite étoile compagnon (de type M), en utilisant les données du satellite spatial TESS et des observations au sol. J’ai développé et amélioré des pipelines d’analyse de courbes de lumière, étudié des transits extrêmement courts et participé à l’identification de nouveaux systèmes.
La recherche au Massachusetts Institute of Technology (MIT)
Le Massachusetts Institute of Technology (MIT) est l’une des universités les plus reconnues au monde dans les domaines des sciences et de l’ingénierie. Situé à Cambridge, dans l’État du Massachusetts, il fait face à la ville de Boston, juste de l’autre côté de la Charles River.
Le MIT est un lieu de recherche de pointe qui rassemble des laboratoires mondialement reconnus, couvrant des domaines allant de l’intelligence artificielle à l’exploration spatiale, en passant par la robotique, l’énergie ou la biotechnologie. Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est l’intégration très forte entre enseignement et recherche : les étudiants, même en undergraduate (équivalent bac+4), travaillent directement dans les laboratoires aux côtés des enseignants-chercheurs, doctorants et post-doctorants.
La dynamique est extrêmement stimulante. Les idées circulent vite, les projets évoluent rapidement, et l’on est encouragé à proposer, tester et innover en permanence.
Le MIT rayonne aussi par sa proximité avec l’industrie. De nombreuses entreprises technologiques ont installé leurs centres de recherche à quelques minutes à pied du campus afin de favoriser les synergies. Il existe également des laboratoires partagés entre le MIT et des entreprises privées, permettant de faire le lien entre recherche fondamentale et applications concrètes. Cette culture collaborative crée un écosystème unique où se rencontrent chercheurs, ingénieurs, entrepreneurs et investisseurs.
Une culture professionnelle
La culture professionnelle aux États-Unis, du MIT (Massachusetts Institute of Technology), est-elle différente de celle de l’Europe et de la France en particulier ?
Ayant principalement connu le système français à travers mes études à l’ISAE-SUPAERO, notamment via des projets de recherche intégrés aux cours. Je n’ai qu’un aperçu partiel de la culture professionnelle en France. En revanche, mon immersion au MIT m’a permis d’observer de près la dynamique américaine.
Ce qui m’a le plus surpris, c’est l’intensité et la fréquence des échanges scientifiques. Presque chaque jour, des séminaires, research talks ou présentations internes sont organisés. Au sein même du laboratoire, des discussions informelles autour d’un repas ou d’une boisson permettent à des chercheurs, étudiants en master, doctorants, post-doctorants ou professeurs de présenter leurs travaux en cours.
À une échelle plus large, des séminaires regroupant plusieurs laboratoires sont organisés régulièrement, et des conférences de très haut niveau ont lieu quasiment chaque semaine sur le campus. L’un des grands avantages du MIT est sa proximité avec d’autres institutions majeures, notamment Harvard. Il m’arrivait ainsi de prendre le métro pour deux arrêts seulement afin d’assister à une conférence dans un autre laboratoire, parfois sur un sujet totalement différent du mien.Cette accessibilité permanente à des idées nouvelles nourrit énormément la curiosité intellectuelle. On est constamment exposé à des perspectives variées, à des méthodologies différentes et à des problématiques inédites.
J’ai aussi réalisé combien la culture de la présentation est centrale. Être régulièrement amené à exposer son travail oblige à structurer sa pensée, à clarifier ses hypothèses et à accepter la critique constructive. Les échanges sont directs, parfois très exigeants, mais toujours orientés vers l’amélioration du projet.
Cette immersion m’a appris que la recherche de pointe est profondément collaborative : aucune avancée majeure ne se fait en vase clos. Se confronter au regard extérieur, partager ses résultats en cours de route et multiplier les interactions sont des leviers puissants pour progresser plus vite et plus loin.
La démarche scientifique
Dans le cadre de la résolution de problèmes scientifiques 👨🔬, la démarche expérimentale utilisée aux États-Unis est-elle différente de celle développée/utilisée en France ? Car ici, on a tendance à concevoir l’esprit de la démarche scientifique dans la dynamique de Gaston Bachelard* – Philosophe des sciences français (1884-1962) – théoricien de la connaissance scientifique.

Nota bene : « La démarche scientifique est la méthode utilisée par les scientifiques pour parvenir à comprendre et à expliquer le monde qui nous entoure. De façon simplificatrice, elle se déroule en plusieurs étapes : à partir de l’observation d’un phénomène et de la formulation d’une problématique, différentes hypothèses vont être émises, testées puis infirmées ou confirmées ; à partir de cette confirmation se construit un modèle ou théorie. L’observation et l’expérimentation sont des moyens pour tester les différentes hypothèses émises. » Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA)
Je dois rester prudent dans la comparaison : mon expérience concrète de recherche en France reste limitée. A l’ISAE-SUPAERO, j’ai participe a des projets académiques encadres, mais je n’ai pas encore vécu une immersion longue en laboratoire français comparable a celle du MIT.
En revanche, au MIT, j’ai collaboré avec des chercheurs de l’Université de Birmingham, de l’Université de Liège ou encore des Canaries. Les méthodes de travail et de résolution de problèmes scientifiques étaient très similaires : même rigueur dans l’analyse des données, mêmes exigences statistiques, même culture du doute méthodique. Cela confirme que la recherche moderne est profondément internationale et structurée par des standards communs.
Une différence notable réside probablement dans les moyens financiers. Les laboratoires universitaires américains disposent souvent de ressources importantes, ce qui leur permet d’investir rapidement dans du matériel, des outils de calcul ou des projets ambitieux. Cela favorise également l’attractivité pour les jeunes chercheurs et une certaine compétitivité sur le plan des opportunités.
J’ai aussi observé une différence dans la structuration des parcours. En France, la formation scientifique en école d’ingénieur reste très généraliste pendant plusieurs années, avec une
spécialisation relativement tardive. A l’inverse, aux États-Unis, les étudiants se spécialisent souvent plus tôt. En arrivant au MIT en juin 2025, j’ai par exemple commencé a travailler avec une étudiante en undergraduate (équivalent bac+4) qui se consacrait déjà a l’astrophysique depuis deux ans.
Cependant, l’approche généraliste du système français constitue un véritable atout : elle développe une grande capacité d’adaptation et une vision transversale des problèmes. Dans un environnement de recherche international, cette polyvalence permet de comprendre rapidement des sujets variés et de dialoguer avec des spécialistes de disciplines différentes.
En définitive, plus que des différences de méthode, j’ai surtout observe des différences de culture académique et d’organisation des parcours.
La préservation de l’excellence française
Pour avoir conscience des différents enjeux à l’international ; au-delà des contextes d’investissements financiers importants et nécessaires, pour le développement des connaissances scientifiques d’un pays. En considération des continents comme l’Asie et les États-Unis (au regard du nombre d’ingénieurs formés chaque année, + 70 000 à 80 000 par an en Europe, dont + 30 000(environ 46 000) en France et plus de 1,2 à 1,5 million en Chine…).
La France peut-elle continuer à développer et partager son savoir-faire d’excellence, de réputation mondiale, sur le concert international sans y apporter quelques modifications/considérations ?
Rappelons que l’important ce n’est pas la quantité mais véritablement la qualité.
En effet, comparer le nombre d’ingénieurs formés chaque année est un indicateur révélateur des capacités futures d’un pays à innover et à soutenir sa croissance technologique. En proportion par habitant, la Chine forme environ deux fois plus d’ingénieurs que la France chaque année, tout en bénéficiant d’une démographie bien plus importante. Cela représente un levier stratégique majeur à long terme.
La France dispose néanmoins d’un atout considérable : un système de sélection et de formation d’ingénieurs et de chercheurs d’un niveau international reconnu. J’ai été particulièrement surpris, au MIT, de constater le nombre d’étudiants issus de grandes écoles françaises, présents dans des parcours scientifiques de très haut niveau. Cela montre que notre formation est solide et compétitive à l’échelle mondiale.
Cependant, nous devons rester lucides. En France, un enjeu important concerne l’autocensure et la proportion encore insuffisante de jeunes filles qui choisissent les filières scientifiques au lycée puis poursuivent vers des études d’ingénieur. Des initiatives comme l’association Ose à l’ISAE-SUPAERO ou des figures inspirantes comme Sophie Adenot jouent un rôle concret et essentiel pour encourager cette dynamique.
Mais au-delà des institutions, je pense que nous avons tous un rôle à jouer. À notre échelle, en témoignant, en mentorant, en encourageant, nous pouvons contribuer à élargir le vivier de talents et à renforcer la place de l’Europe dans la compétition scientifique internationale.
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Mise en page web et propos recueillis par Halim BENNADJA, chef de projet à l’Association Odyssée Céleste
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- Réponses de Tristan Cavalier
- Montage Vidéo/Podcast : Halim Bennadja, association Odyssée Céleste
- Date de réalisation : 29 Février 2026
- Copyright texte et images: Association Odyssée Céleste/ Tristan Cavalier /NASA


Durant la première partie de mon année de césure, j’ai eu la chance de rejoindre le Massachusetts